Coffre fort

Analyse des défaillances

Gouverner c’est choisir

20.01.2012

Lorsqu’en 1953 Pierre Mendès France prononce ces mots devant l’Assemblée Nationale, il se doute certainement de la portée de ceux-ci, bien au-delà des portes de la France. C’est de l’exigence nécessaire dans la formulation de la politique économique d’un pays ou d’une union qu’il s’agit avant tout. Après la crise de 2008-2009, et la reprise amorcée en 2010, le Printemps Arabe, le tremblement de terre au Japon et la crise de la dette souveraine auront marqué les temps forts de l’économie mondiale en 2011. Le Printemps arabe nous a démontré combien les jeunes et les sans voix, “Indignés” et souvent sans emploi, veulent compter dans les choix économiques faits dans leur pays. La catastrophe de Fukushima, elle, a illustré les conséquences économiques importantes de nouveaux risques, telles les catastrophes naturelles, dans un monde devenu super-dépendant.

Enfin, la crise de la dette souveraine – les AAA qui volent, des marchés financiers qui semblent dicter la composition et les choix d’austérité des gouvernements nous a rappelé combien formuler une politique économique est un exercice à moyen terme et une question de choix assumés.

Cette année s’achève donc sur une note amère.

Le ralentissement des émergents est confirmé, le risque de rationnement du crédit ou credit crunch est palpable dans les pays “submergés” – par le déficit public et la dette souveraine –, enfin, le manque de visibilité et de
solutions pour une union économique européenne forte continue d’affoler les marchés, les entreprises, les ménages. En 2012, le début d’année sera tout aussi difficile. En effet, tous les yeux seront tournés vers la gestion (et l’absorption par les marchés) des dettes souveraines européennes. La mise en œuvre des mécanismes de sauvetage, dont la conception est encore hésitante, sera essentielle.

Combien de temps ce brouillard épais planera sur l’Europe ? Sur le monde ? Espérons-le seulement jusqu’au printemps. Cependant, les conséquences de l’indécision manifeste en 2 011 se font déjà sentir, notamment dans les perspectives sombres de croissance et de défaillances d’entreprises en première partie d’année. Ce brouillard se dissiperait laissant place à une convalescence difficile mais tenable au deuxième semestre.

“Gouverner c’est choisir, si difficiles que soient les choix” était la phrase exacte De Mendès France. Cures d’austérité et plans de relance ciblés sur les secteurs productifs et compétitifs, réformes systémiques(secteur bancaire, sécurité sociale) sont autant d’arbitrages complexes mais nécessaires.

L’essentiel c’est de choisir, et de choisir l’essentiel.

Ludovic Subran

Source: Le Bulletin Economique - Janvier 2012

Aux couleurs de l’été indien

Octobre 2011

Il semblerait que seuls les couloirs des Ministères des Finances des pays de la zone euro aient connu la canicule tant attendue cet été.

Les regards et les inquiétudes se sont en effet portés sur le dérapage de la dette souveraine de nombreux pays européens, remettant en cause les perspectives de croissance annoncées. Une crainte, somatisée sur les
marchés financiers, s’est alors envenimée. D’aucuns parlent d’une prophétie auto réalisatrice du fameux “double dip”, d’autres annoncent la fin d’une union économique et monétaire, qui malgré une gouvernance encore hésitante, amis plus de cinquante ans à se construire. Des scénarios possibles, mais qui semblent encore évitables.

Nos prévisions confirment un certain ralentissement. Les perspectives de croissance mondiale ont été revues à la baisse par rapport au mois de juin et plafonnent désormais à 3,0% en 2011 et 3,2% en 2012. En cause, les
révisions des comptes nationaux, les signes peu encourageants des indicateurs conjoncturels avancés, et les incertitudes sur la capacité des états à prendre des mesures d’austérité, tout en préservant les acquis de croissance. Les nuances évoquées dans ce bulletin concernent autant l’hétérogénéité grandissante entre régions du monde, que l’essoufflement des conditions monétaires favorables, que les doutes qui existent sur les réels moteurs de la croissance tels la consommation des ménages et l’investissement productif des entreprises.

À court terme, l’été indien se confirme donc : un coup de chaud prolongé qui pèse sur un scénario de reprise molle en 2012. Pourquoi ? Certainement parce que les aléas semblent avoir la part belle dans ce qui est attendu de 2012, notamment ceux liés aux décisions politiques à prendre pour endiguer les risques d’insolvabilité. Les économistes redoublent ainsi d’imagination en élaborant des scénarios alternatifs, parfois très underground, qui permettent de balayer un univers de risques. Nous faisons le choix ici de présenter un ralentissement économique à l’horizon de 18 mois. L’incertitude autour de ce scénario existe, mais semble dérisoire lorsqu’on la compare à celle à laquelle font face les agents économiques. Ce manque de lisibilité, qui renforce à son tour la prise de risque productif, amenuise les perspectives de croissance. Espérons que des efforts concrets pour rendre cette chaleur un peu moins suffocante seront entrepris rapidement.

Ludovic Subran

Source: Le Bulletin Economique, conjoncture internationale et risque pays. Octobre 2011

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