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Les 3 questions à se poser à la rentrée 2010

Pour les entreprises, les rentrées de septembre sont souvent plus cruciales que celles de janvier. Suite à la trêve estivale, le rythme de reprise de l’activité donne souvent le tempo de tout l’hiver. Après le rebond mondial du premier semestre 2010, la plupart des secteurs bénéficieront d’une rentrée plutôt en amélioration, comme le montre notre météo mondiale.

Pour autant, pour réussir sa rentrée, trois questions doivent être sérieusement envisagées.

Les débouchés de mon entreprise vont-ils croître ?

La réponse est plutôt oui mais pas sur tous les marchés, ni dans tous les secteurs. La consommation est entrain de caler dans plusieurs pays en Europe et aux États -Unis avec leur entrée progressive dans une période de rigueur budgétaire publique et la poursuite du désendettement des ménages. Très sensible dans des secteurs comme l’automobile où l’arrêt des primes à la casse fait replonger la demande, ce tassement de la demande des ménages doit conduire à la prudence dans les secteurs de l’électronique grand public, de la construction et de la distribution. En revanche, dans les zones Asie et Amérique Latine, la demande devrait continuer de croître à des rythmes impressionnants. Par ailleurs, il n’y aura plus de relais du côté de la demande publique, ce qui pénalisera les secteurs des travaux publics ou des équipements d’infrastructure.

Faut-il s’attendre à une augmentation des coûts de production ?

La réponse est clairement oui. Les prix des matières premières agricoles, métalliques et énergétiques sont revenus à leurs niveaux historiques de début 2008 voire dans certains cas les ont dépassés. Pour les secteurs de l’industrie, équipements ferroviaire et aéronautique, chimie ou acier, un choc de coût de production important est en train de se diffuser qui, dans un premier temps, sera de nature à handicaper les marges.

Comment projeter le budget 2011 de mon entreprise ?

Le poids du chiffre d’affaires de l’entreprise à l’exportation ou réalisé en production dans les pays émergents est une hypothèse importante. La croissance viendra presque exclusivement l’an prochain de ces zones émergentes (Asie, Amérique Latine, etc.). Pour les entreprises qui y sont positionnées, des croissances de plus de 10 % de leur chiffre d’affaires peuvent être anticipées. En revanche, les évolutions en Europe et aux Etats-Unis seront beaucoup plus restreintes, sans doute sur des rythmes à peu près de moitié des moyennes enregistrées depuis 10 ans dans ces zones.

Karine Berger

Source: Le Bulletin Economique - Secteurs internationaux - Août 2010


La théorie des dominos

10.11.2009

Il y a un peu plus d’un an, tous les pays et tous les secteurs ont plongé dans la crise à l’unisson. En revanche, c’est en ordre dispersé, et successif, qu’ils entament le long chemin de sortie de crise. Le rebond industriel enregistré à l’été a offert une première illustration du tempo différent de la reprise selon les zones dans le monde.

Alors que certains experts s’alertent d’une possible surchauffe en Chine, le Royaume-Uni enregistre de nouveau au troisième trimestre 2009 une sévère récession (portant le recul du PIB sur un an à -5,3%). Il est vrai que du côté de l’empire du Milieu, non seulement les niveaux de production en automobiles et en acier d’avant la crise ont été rattrapés au début de l’été, mais le rythme d’expansion propulsé par l’immense plan de relance dépasse ceux atteints au cours des dernières années.

En tout état de cause, l’effet moteur de la Chine est bien là pour le commerce de la zone Asie, ce qui se voit par exemple dans le bond des exportations japonaises pendant l’été (9%). A partir de là, l’enchaînement géographique de la reprise se fait à la manière d’un jeu de « dominos ». L’Asie est déjà sortie de crise, les autres pays émergents rebondiront dans le courant de l’automne et de l’hiver, la montée du chômage aux Etats-Unis s’arrêtera à l’été 2010... et l’Europe sera la dernière àmettre la tête hors de l’eau en fin d’année prochaine.

Du côté des secteurs, l’interdépendance est également patente. Aucun endiguement n’a été possible. Le domino central est depuis le début du plongeon constitué par l’industrie automobile, du fait de son influence sur les secteurs intermédiaires. En Asie, le rebond s’accompagne d’ailleurs de réouverture de hauts fourneaux mais aussi du redémarrage du secteur des semi conducteurs. En Europe, le redressement des perspectives industrielles a été quasiment parallèle entre les secteurs automobiles et celui des biens intermédiaires (chimie, plasturgie).

Tant que l’industrie n’a pas relevé la tête, les services aux entreprises (publicité, intérim) sont dans l’impasse, et un effet de second ordre se joue sur les ménages par le biais des ralentissements de salaire. Le commerce entre par conséquent, un peu partout dans le monde, dans une longue période de convalescence. Enfin, le secteur du bâtiment sera le dernier carré de domino: les bulles formées sont les plus longues à se résorber. Notre météo des secteurs est sans conteste un peu meilleure que celle du printemps dernier. Mais seuls quelques secteurs bénéficient de cette éclaircie : l’orage gronde encore dans pratiquement tous les autres.

Karine Berger

Source: Bulletin économique - Secteurs internationaux - Hiver 2009


Il n’est pas court, le temps des crises

La crise de 2008-2009 n’a pas encore de nom officiel : l’histoire se chargera de lui en attribuer un, au fur et à mesure que les études économiques universitaires la décortiqueront. Mais même sans nom de baptême, elle peut d’ores et déjà être comparée à ses soeurs aînées
Or, replacée dans le temps des crises, force est de constater que la contraction d’environ -2 % du PIB mondial cette année restera un choc hors norme. Quelles ont été les précédentes récessions dans le monde ? Il est établi que la production mondiale n’a reculé qu’à deux occasions depuis 1918 : lors de la “Grande dépression” des années trente et pendant la seconde guerre mondiale. Le choc pétrolier (1973) est également une période de très fort ralentissement, même s’il ne s’agissait pas d’une récession technique. Grâce aux travaux précieux du statisticien Angus Maddison, nous savons non seulement dater ces crises, mais nous pouvons même connaître leur ampleur. On estime que le PIB des Etats-Unis a reculé de -25 % entre 1929 et 1933… et qu’il a fallu environ dix ans à cette économie pour se remettre de ce choc, puisque le niveau de PIB de 1929 n’a été retrouvé qu’en 1939. Pendant la première moitié des années quarante, c’est évidemment l’Europe qui fut le plus violemment touchée par la récession. On estime que, entre 1939 et 1946, le PIB français aurait reculé de -40 %, ne retrouvant son niveau de 1939 qu’en 1949, le PIB allemand aurait reculé de -60 %, ne retrouvant son niveau de 1944 qu’en 1955 et le PIB britannique de -8 %. A titre de comparaison en 1975, seule année de recul de l’activité dans la plupart des pays de l’OCDE après 1945, le PIB des pays d’Europe de l’Ouest s’est contracté de seulement -0,8 % et celui des Etats-Unis de -0,3 %. Le PIB mondial aurait progressé de plus de 1 % cette année-là.

Dans ce palmarès, la récession de 2009, sans doute comprise entre -3 % à -4 % dans l’OCDE, apparaît comme un événement rarissime et majeur. Comme le montre le graphique ci-dessous, la production industrielle américaine va enregistrer une inflexion en niveau sans précédent sur longue période historique : elle sera revenue fin 2009 au niveau atteint en 1998. Or, si l’on en croit les épisodes passés, pour se remettre de tels chocs, il faudra du temps.

Le traumatisme risque d’entraîner les entreprises dans de longs et douloureux processus d’adaptation, et aussi de dé régler les mécanismes internes des économies…
en ce sens, les premières “bonnes nouvelles” macroéconomiques du printemps doivent être interprétées avec beaucoup de prudence : il s’agit sans doute plus d’un rebond technique que d’une réelle embellie… Le temps des crises n’est pas le temps des cerises.

Karine Berger

Source: Bulletin économique - Secteurs internationaux - Printemps 2009


Stopper la crise à quel prix?

L’instabilité qui s’empare des places financières modifie rapidement l’évolution de l’économie mondiale, et fait basculer d’un scénario de retournement conjoncturel dans un scénario “noir” de crise du fonctionnement des marchés de l’OCDE. Les places boursières ont cédé en un mois presque 30 %. La glissade ne serait pas problématique si elle ne recouvrait pas des mouvements de yoyos dont les ampleurs n’en finissent plus d’être “historiques”...que ce soit à la hausse ou à la baisse. Ce n’est plus la volatilité (variance des cours) des marchés qui augmente...c’est la volatilité de la volatilité ! Je peux traduire de façon plus prosaïque ce calcul mathématique complexe : les marchés ne sont plus en mesure de définir un prix pour de très nombreux actifs. C’est d’ailleurs un point controversé du plan “Paulson” adopté difficilement par les chambres américaines et qui vise à racheter pour un montant de 700 milliards de dollars les créances douteuses du système bancaire, tout comme d’ailleurs des différents plans européens annoncés le 12 octobre : le prix auquel seront rachetées lesdites créances douteuses n’existe pour le moment pas. Ce n’est pas tant la liquidité qui manque au marché (car les quantités “d’argent frais” injecté chaque jour par les banques centrales sont immenses) que le fait que des actifs par milliards soient devenus “illiquides”. Or être “illiquide”, c’est justement ne plus avoir de prix...ce qui en économie constitue un sérieux problème. Il est bien sûr impossible pour un gouvernement ou un président de banque centrale d’avouer qu’il n’y comprend plus grand-chose ; mais comment interpréter autrement les révisions successives des évaluations du FMI sur le coût de la crise financière, passant de 1 000 milliards, à 1 300 milliards puis maintenant à 1 400 milliards ?

Pour autant, comment la volatilité de la volatilité des actifs financiers pourrait concerner aussi l’économie réelle, du conglomérat international à l’entreprise artisanale ? Parce que pour émettre du crédit dans une économie, c’est-à-dire pour allouer de l’argent à une entreprise, le système bancaire doit créer de la monnaie. Cette création de monnaie est obligatoirement proportionnelle à un “matelas” de monnaie issue de la banque centrale, et qui est échangé entre les banques sur le marché interbancaire. Comme aucun intervenant n’est plus tout à fait certain d’être remboursé un jour par les autres intervenants – la mesure du risque est presque impossible –, le marché interbancaire est bloqué et par conséquent le système financier doit limiter ses émissions de crédit dans l’économie ou en augmenter de manière conséquente son coût.

Les conséquences de ce passage à l’économie réelle vont être dures : au-delà des reports de projets d’investissement, les difficultés de trésorerie vont se multiplier, ce qui entraînera de nombreuses faillites. Cette publication montre que désormais tous les secteurs de l’économie mondiale entrent en ralentissement, à la fois par le biais de la crise économique et par celui de la crise financière. Comment bloquer la spirale ? Si une réponse coordonnée des banques centrales n’a pas été concluante, et s’il est certain que les mesures prises par les gouvernements de l’OCDE (Etats-Unis d’un côté et pays européens de l’autre) seront utiles, c’est aussi désormais la responsabilité de chaque acteur individuel qui est la clé du problème…

Karine Berger

Source: Bulletin économique - Secteurs internationaux - Hiver 2008


La crise: acte II ?

L’économie mondiale a entamé 2008 dans la tourmente financière. La crise des subprimes, conséquence de l’explosion de la bulle immobilière aux Etats-Unis et des mécanismes de la titrisation, s’est propagée au coeur des marchés financiers. Au fur et à mesure des annonces de dépréciation d’actifs bancaires de plusieurs centaines de milliards de dollars, pertes créant potentiellement un risque systémique, la tension sur les marchés financiers n’a cessé de croître : les replis boursiers et l’accroissement des volatilités ne sont que le “négatif” du manque brutal de liquidité. La volatilité a atteint un sommet autour de la mi-mars, ce qui amène à penser que le plus gros de la crise strictement financière pourrait être passé ; en tout cas son acte I.

Dans ce contexte, les résultats des économies réelles au 1er trimestre ont pu surprendre : avec 0,2% de croissance de l’activité aux Etats-Unis, 0,6% en France et surtout 1,5% en Allemagne, tous les pays ont enregistré des évolutions plus fortes que prévues... et l’activité des pays de l’OCDE a, contre toute attente, accéléré au tournant de l’hiver.

Mais dans le même temps, les anticipations de ceux qui font l’économie, producteurs et consommateurs, se sont repliées de part et d’autre de l’Atlantique : les entreprises savent qu’elles sont sur le point d’entrer dans des phases conjoncturelles nettement plus difficiles, confrontées à la fois à des conditions de financement de plus en plus dures et à un ralentissement de leur demande. Car ce sont désormais des contre chocs sur l’ensemble des marchés de crédit aux entreprises et aux ménages qui sont anticipés: la diffusion de la crise à l’économie réelle via la restriction des mécanismes de crédits ne fait que s’amorcer au printemps 2008. Pourquoi ? Parce que pour compenser leurs coûts de refinancement, les banques pourraient soit augmenter le taux appliqué aux corporate, soit diminuer les montants prêtés… soit les deux. Quand un "crédit crunch" démarre sur un marché particulier – en l’occurrence la construction – l’histoire économique nous apprend qu’il frappe de manière souvent aveugle les autres marchés.

Logiquement, du fait des surévaluations passées, les secteurs de la construction aux Etats-Unis, en Espagne, dans une moindre mesure au Royaume-Uni, ont été les premiers emportés. Ce qui est moins logique, c’est que les conditions de crédit aux autres secteurs productifs se sont également un peu durcies au cours du 1er trimestre : l’enquête d’avril sur la distribution de crédit de la Banque de France relève que les banques prévoient à la fois de poursuivre le relèvement de leur marge, mais également de réduire les montants et les durées, que ce soit à l’égard des grandes entreprises ou à l’égard des petites entreprises. Quant aux restrictions de crédits pour la consommation, si elles sont particulièrement sensibles aux Etats-Unis, l’Europe semble encore peu touchée ; pour autant les ménages anticipent : la consommation a – elle – ralenti au 1er trimestre dans la zone euro. Tout est en place pour le deuxième acte de la crise financière de 2008.


Karine Berger

Source: Bulletin économique - Secteurs internationaux - mai 2008


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