Brésil, Inde et Chine, nouveaux leaders de l’économie mondiale

Après une résistance hors norme à la crise mondiale, la Chine, l’Inde et le Brésil entament une période d’au moins cinq ans de succès économique. « Si, en 2010, à quelques exceptions près, les entreprises de ces pays restent encore d’envergure nationale, plusieurs acteurs mondiaux devraient émerger d’ici à 2015 ou 2025, et ce, dans plusieurs secteurs », déclare Wilfried Verstraete, Président du Directoire d’Euler Hermes. (Paris, 20.05.2010)

Cette croissance n’est toutefois pas encore majoritairement portée par une consommation de masse, même si le choix est actuellement fait d’un recentrage sur le développement de la demande des ménages. « De 2010 à 2015, la croissance de ces trois pays restera surtout soutenue par des besoins en infrastructures, construction et transports en priorité. Ces investissements transformeront peu à peu une structure de production encore à faible valeur ajoutée en une structure de production à forte valeur ajoutée, sur le modèle des pays de l’OCDE », explique Karine Berger, Directrice Marchés et Marketing et Chef Economiste d’Euler Hermes.

1. Le succès économique du Brésil, de la Chine et de l’Inde se poursuivra au moins jusqu’en 2015, du fait de besoins gigantesques en infrastructures

Afin d’assurer le rattrapage de la productivité de leurs économies, le Brésil, l’Inde et la Chine concentrent leurs efforts sur le développement des infrastructures. Les investissements sont sélectionnés et portés par les gouvernements. Quatre secteurs sont emblématiques à cet égard.

Les dépenses de construction chinoises, indiennes et brésiliennes ont triplé en dix ans et la Chine pourrait devenir le premier marché de la construction au monde en 2020. Ce dynamisme résulte d’un niveau d’équipement encore très faible par rapport à celui des pays développés. Outre les grands projets – barrages, ligne TGV, métro, autoroutes, aéroports, ports – et les grands événements – exposition universelle à Shanghai, jeux asiatiques à Canton, coupe du monde de football et Jeux Olympiques en 2016 au Brésil -, les dépenses dans le secteur de la construction répondent à des considérations sociales (construction de logements neufs et rénovation).

Des besoins considérables de développement en transport et en fret poussent la Chine, l’Inde et le Brésil à investir dans le ferroviaire. La Chine a prévu un plan d’investissements 2009-2011 de 300 milliards de dollars pour élargir son réseau ferroviaire de 28%. Le Brésil, pour sa part, va mobiliser quelque 20 milliards de dollars d’ici à 2020, avec un projet phare, la construction d’une liaison grande vitesse entre Sao Paulo et Rio. L’Inde, enfin, va engager 9 milliards de dollars par an en 2010 et au cours des années suivantes, et construire une voie de fret entre Delhi et Mumbai.

Les technologies de l’information mobiliseront 1 000 milliards de dollars en 2014 en Chine, Inde et Brésil, soit près du double qu’en 2008 et cinq fois plus qu’en 2003. Malgré cette forte croissance, ces trois économies tardent à rattraper leur retard sur les Etats-Unis. Seule la Chine rivalisera avec le marché américain, et pas avant 2025.

La chimie croît trois fois plus vite en Chine, Inde et Brésil qu’aux Etats-Unis, bénéficiant de l’envolée des besoins d’infrastructures de ces pays. La production chimique chinoise rivalisera avec celle des Etats-Unis en 2015, portée par ses débouchés dans le secteur électronique. En Inde, la chimie est soutenue par les filières plastique et engrais, et au Brésil, par l’agrochimie. Deux leaders nationaux concentrent l’essentiel du marché indien mais n’ont pas encore percé au niveau mondial. La chimie brésilienne est surtout le fait de filiales de multinationales étrangères.

2. Les marchés domestiques chinois, indien et brésilien se renforcent mais ne sont pas encore des marchés de consommation de masse

« Les trois marchés vont systématiquement se retourner vers leur consommation intérieure dans les cinq prochaines années pour atténuer leur dépendance au moteur des exportations. Cependant, du fait de niveaux de richesse par tête durablement inférieurs à celui des Etats-Unis, ils ne se transformeront pas rapidement en marchés de consommation de masse », souligne Karine Berger.

L’industrie automobile est symbolique de la montée en puissance de ces trois pays et sa croissance au plan mondial provient aujourd’hui à 80% des pays émergents. La production automobile chinoise, indienne et brésilienne est passée en cinq ans de 10% à plus de 25% de la production mondiale, sous l’impulsion d’une demande locale forte.
La Chine est devenu le premier marché au monde, place qu’elle devrait conforter dans les années à venir car son taux d’équipement reste très faible (3% en 2008). Sur son marché se pressent tous les constructeurs occidentaux mais aussi les constructeurs chinois – Brillance, Byd, Geely… – qui représentent désormais près d’un tiers d’un marché qui se structure. Le marché indien présente un potentiel fort (taux d’équipement : 1,4% en 2008) mais reste dix fois plus petit que le marché chinois et se développe sur le modèle du « super low cost ». L’industrie automobile indienne – Tata, Bajaj, Mahindra… - est encore faible et ne représente que 16% du marché. Le Brésil, premier marché d’Amérique du Sud, est attractif avec un taux d’équipement de 13,3% en 2008.

Le transport aérien de passagers se développe six fois plus vite en Chine, Inde et Brésil qu’aux Etats-Unis. Ces trois pays ont gagné 5% de parts de marché entre 2005 et 2009 pour atteindre 15% du transport aérien mondial de passagers. Le développement du trafic aérien se poursuivra et s’accompagnera de lourds investissements, estimés à 650 milliards de dollars sur les vingt prochaines années, dont les deux tiers pour la Chine.

Toutefois, ces progressions ne sont pas vérifiées pour beaucoup de produits de consommation de masse. « Ces trois pays ont des perspectives de croissance forte et une part de leur avenir reste à construire », conclut Karine Berger. Pour la pharmacie par exemple, si le potentiel commercial du Brésil, de l’Inde et de la Chine paraît immense rapporté à leurs taux de croissance sur la dernière décennie, leur pouvoir d’achat encore faible ne leur permet pas d’acheter les médicaments des grands laboratoires mondiaux. Le développement de la pharmacie se heurte en outre à l’absence d’un régime d’assurance-maladie qui est à inventer.

3. Plusieurs entreprises leaders mondiales, concurrentes des entreprises de l’OCDE, émergeront à l’horizon 2015-2025

La Chine et l’Inde disposent d’ores et déjà d’entreprises de taille suffisante pour intervenir sur les marchés mondiaux dans les secteurs de l’information et des nouvelles technologies. Toutefois, dans les autres secteurs, les acteurs restent encore essentiellement locaux (voir tableau).

« Deux conséquences stratégiques doivent être tirées par nos entreprises. D’une part, des opportunités importantes de marchés en infrastructures s’ouvrent sur les marchés domestiques chinois, indiens et brésiliens dans les années à venir. Mais d’autre part, elles doivent se préparer à être confrontées à de nouveaux concurrents, issus de ces pays, qui vont monter en puissance dans l’industrie de l’automobile, de l’aéronautique et de la chimie d’ici à 2015. Ce sont les futurs challengers des entreprises de l’OCDE qui interviendront non plus seulement en tant qu’exportateurs mais directement en tant que producteurs sur les marchés européens et américains. Pour les secteurs à encore plus forte valeur ajoutée, il faudra sans doute attendre jusqu’à 2025 », conclut Michel Mollard, membre du directoire d’Euler Hermes.


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