arbre vert au milieu de l'hiver symbolisant la résistance des entreprises à la crise économique

Quatre signes de reprise de l’économie américaine mais deux raisons de ne pas (encore) crier victoire

Analyse de l’économie américaine par Dan North, directeur de la recherche économique pour les Etats-Unis chez Euler Hermes. (Baltimore, ML, USA)

18.08.2009



L’économie américaine a cessé de se dégrader et est en voie de redressement. Les derniers chiffres laissent entrevoir une reprise prochaine et les facteurs qui sous-tendent celle-ci sont désormais solidement ancrés. Plusieurs indicateurs font état d’une amélioration de la conjoncture économique, parmi lesquels les commandes des usines, les enquêtes sectorielles et les résultats annoncés par les entreprises. Et il est particulièrement intéressant d’examiner l’évolution de la consommation et de l’emploi, deux baromètres parmi les plus révélateurs.

La consommation donne des signes de reprise : globalement, les ventes au détail ont progressé sur deux des trois derniers mois. Les ventes au détail réelles, hors essence et automobile, ont progressé de 0,3% au cours des 12 derniers mois par rapport à la même période l’an dernier. Le revenu disponible réel augmente également, la hausse ayant atteint au deuxième trimestre 3,2% en rythme annualisé. Et si à 46,6, l’indice de confiance des ménages a baissé par rapport au pic de mai, l’amélioration est incontestable par rapport à janvier dernier (25,3). Si d’aucuns craignent que l’intérêt soudain des ménages américains pour l’épargne ne freine la consommation, il faut rappeler qu’en période de récession, les dépenses de consommation connaissent pratiquement toujours un brusque ralentissement. Mais lorsque la récession s’achève, la consommation des ménages s’envole pour assouvir une demande jusque-là refoulée, scénario qui pourrait fort bien se reproduire cette fois-ci.

Le baromètre le plus révélateur de la santé d’une économie est peut-être l’emploi, et la situation s’améliore nettement sur ce front. En juillet, le taux de chômage a baissé de 0,1% et les destructions d’emplois enregistrées sur le mois (247 000) ne représentent qu’un tiers de celles de janvier (741 000).

Les chiffres laissent donc entrevoir une reprise qui semble alimentée par les facteurs qui ont contribué à la récession : pétrole, marché de l’immobilier résidentiel, politique monétaire et inquiétudes liées à la conjoncture.



Les signes de reprise

Premièrement, une flambée des cours pétroliers est presque toujours suivie d’une récession quelques trimestres plus tard. Les cours ont bondi d’environ 40% à la mi-2007 avant d’enregistrer, à la mi-2008, une nouvelle hausse de 60%, qui a abouti à la récession actuelle. Les cours du brut ont toutefois reculé de plus de 50% malgré leur récent rebond, ce qui constitue un atout sérieux pour une reprise de l’économie.

Deuxièmement, l’éclatement de la bulle de l’immobilier résidentiel a entraîné un effondrement des prix, mais plusieurs indicateurs témoignent désormais d’une inversion de cette tendance baissière. Plusieurs autres baromètres de l’immobilier – qu’il s’agisse des ventes, des stocks, des mises en chantier ou des permis de construire – sont également orientés à la hausse. Pour stimuler la demande, le gouvernement fédéral va offrir à certains primo-accédants un crédit d’impôt de 10%, à concurrence de 8 000 USD.

Les dirigeants d’entreprises de construction immobilière font également preuve d’optimisme. Stuart Miller, directeur général de Lennar, a ainsi déclaré : « … le pessimisme extrême … semble s’être dissipé... on commence à observer un rebond de la demande ». De son côté, Ara Hovnanian, directeur général de K Hovnanian, estime que « sur certains marchés, on pourrait même affirmer… qu’il existe une pénurie de logements… ». En avril, le promoteur immobilier Pulte a racheté Centex, un de ses concurrents. Cette acquisition et les déclarations du directeur général de Pulte témoignent d’un certain optimisme dans les perspectives de reprise : « … nous sommes prudemment optimistes… des opportunités… commencent à apparaître à l’horizon ». Enfin, la société Toll Brothers a annoncé que les contrats de vente signés avaient progressé pour la première fois depuis quatre ans, en glissement annuel. Le redressement du marché de l’immobilier, qui va contribuer à la reprise, ne fait aucun doute.

Le troisième facteur de reprise est la politique monétaire. De par le durcissement excessif de sa politique entre 2004 et 2006, la Fed a provoqué un éclatement de la bulle immobilière et une inversion de la courbe des taux, laquelle annonce presque toujours une récession. En septembre 2007, elle a toutefois commencé à baisser fortement le taux des Fed Funds – 225 points de base en cinq mois – pour le ramener finalement dans une fourchette de 0-0,25% en décembre 2008. De plus, la Fed a inventé divers mécanismes pour injecter de l’argent frais dans le système financier afin de relancer le crédit et ce faisant a plus que doublé la taille de son bilan. La courbe des taux s’est dès lors nettement repentifiée, ce qui augure le plus souvent d’une reprise prochaine. Grâce à des mesures à la fois drastiques et originales, la Fed, qui a eu également recours à l’assouplissement quantitatif, a contribué à sauver l’économie et lui a donné un formidable coup de fouet.

Le quatrième facteur susceptible de sortir l’économie de l’ornière est la dissipation des craintes qui ont tétanisé les marchés financiers et laminé l’économie de l’automne 2008 au printemps 2009. Entre août et octobre 2008, l’indice S&P 500 a plongé de 30% en 38 séances, avant de perdre encore 22% en 17 séances de février à mars 2009. Dans ce climat de panique, les fondamentaux ne pesaient pas lourds. Les marchés ont toutefois retrouvé une certaine sérénité depuis, comme en témoigne leur progression de près de 50% depuis mars. Un rebond du marché actions précède souvent un rebond de l’économie.

De la même façon, la perspective d’une hécatombe dans le secteur bancaire, au lendemain de la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre, a paralysé les marchés du crédit et l’économie. Le Libor au jour le jour, qui s’était maintenu autour de 2-2,5% depuis mai, s’est envolé à 6,4% en l’espace de deux jours. Les prêts au jour le jour consentis entre des banques qui se connaissaient presque toutes ont vu leur coût tripler, signe d’une forte aversion pour le risque ou de vives inquiétudes. Les autres spreads se sont également creusés : le TED spread, par exemple, qui mesure la différence entre les taux de prêt et d’emprunt des banques, est passé d’environ 1% à 4,5%. Fort heureusement, le Libor au jour le jour est depuis retombé à 0,25% et le Ted spread à 0,3%. Les craintes qui avaient paralysé les marchés du crédit à l’automne 2008 se sont dissipées, ouvrant la voie à la reprise.



La stabilisation du chômage et du nombre de faillites sera plus lente

Mais la reprise ne va pas régler tous les problèmes d’un coup de baguette magique. Les faillites d’entreprises et le chômage ne disparaissent pas avec la fin de la récession. Selon Standard and Poor’s, le taux de défaut des obligations du secteur privé de catégorie spéculative pourrait atteindre un pic historique de 14% en 2009. Par ailleurs, si le resserrement des spreads de taux d’intérêt plaide en faveur d’une reprise, le différentiel de taux entre les obligations du secteur privé et les obligations d’Etat demeure très élevé, indiquant un accroissement du risque de défaut même si la reprise se confirme.

De la même façon, le chômage continue de progresser après la fin de la récession. La raison en est simple : les entreprises hésitent à embaucher tant qu’elles ne sont pas convaincues que la reprise est solidement ancrée. Cette reprise ne devrait donc pas être créatrice d’emplois, pas plus que les précédentes. Il faut en effet attendre plusieurs mois après une récession pour que les chiffres du chômage s’améliorent. Soucieux de résoudre le problème, le Congrès et le Président n’ont pas hésité à signer un plan de relance de 787 milliards USD en mars. Malheureusement, l’impact des mesures budgétaires n’étant perceptible que plusieurs mois après, le chômage ne reculera pas aussi vite qu’espéré.



et l’addition sera salée...


La mise en œuvre d’un plan de relance, « arme fatale » des autorités, a fait ses preuves dans le passé. Pour autant, le gouvernement a dû emprunter ces 787 milliards USD, aggravant encore le déficit budgétaire et la dette. En outre, ce plan souffre d’une sérieuse malfaçon : 23% seulement des fonds seront dépensés en 2009, alors que la récession sera terminée à la fin de l’année. Ce qui veut dire que 77% des sommes destinées à relancer l’économie seront déboursées alors que la reprise sera déjà amorcée. Il s’agit donc de dépenses inutiles qui ne feront qu’accroître le déficit, la dette et l’inflation. Selon les plans actuels du gouvernement, la dette atteindra quasiment 100% du PIB d’ici 2011, contre 65% en moyenne durant la majeure partie des 20 dernières années. Cette dette représentera un fardeau énorme qui risque de raviver l’inflation au cours des prochaines années.


Daniel C. North
Directeur de la recherche économique
Euler Hermes ACI



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