Analyse des défaillances
Edito
La globalisation à l'épreuve
La “mondialisation” est sans doute en train de traverser sa première véritable épreuve, et peut être même sa première crise.
Nous ne sommes plus dans le même monde qu’il y a sept ans, lors du dernier ralentissement de l’économie américaine : l’expansion phénoménale des échanges économiques, celle encore plus disproportionnée des échanges financiers, la montée en puissance de l’euro et la survenue dans le jeu mondial de la Chine et de l’Inde sont autant d’éléments qui rebattent les cartes des mécanismes habituels de crise. Par conséquent, tenter une comparaison entre le ralentissement économique actuel et les précédents n’est pas valable : dans cette économie mondialisée, les chocs que nous traversons sont forcément “nouveaux”.
Pourquoi l’attention de tous reste-telle concentrée depuis plusieurs mois sur la crise financière, sur son déclenchement, sur ses mécanismes de propagation et sur les réponses adaptées des politiques monétaires ? bien sûr à cause de la brutalité et de l’ampleur de la crise des “subprimes”, et du risque systémique qu’elle fait courir ; mais sans doute aussi parce que constater que des collectivités locales scandinaves pouvaient via les mécanismes globalisés de titrisation être touchées par une bulle immobilière, a fait toucher du doigt ce qu’est, aujourd’hui, la mondialisation... et la difficulté singulière de répondre de manière adéquate à une secousse capable de se répercuter instantanément partout.
Notre étude de l’évolution des défaillances d’entreprises dans le monde en 2007 et début 2008 est une nouvelle preuve de ce phénomène : les difficultés “réelles” ont immédiatement rattrapé les entreprises “réelles” partout dans le monde. La diffusion rapide à la plupart des économies du ralentissement économique est mise en évidence par notre indicateur global des défaillances, qui pointe une hausse de +6% des défaillances l’an dernier, tendance que nous prévoyons s’accentuer avec +15% en 2008. Le retournement à la hausse de l’insolvabilité a été abrupt aux Etats-Unis : augmentation de 44% l’an passé, et nous anticipons encore +35% cette année ; les secteurs liés directement ou indirectement aux activités immobilières et aux crédits immobiliers sont bien sûr en première ligne. Ce qui étonne plus c’est la remontée quasi simultanée de la sinistralité un peu partout dans le monde : remontée synchrone en Espagne (+90% prévu en 2008) ou en Irlande (+30% en 2008) ou avec un léger décalage dans le temps en au Royaume-Uni, en France ou en Italie (+10% prévu en 2008). Tous ces pays, frappés de manière plus ou moins aigüe par l’enlisement des secteurs immobiliers, se retrouvent conjointement fragilisés par la hausse des défauts de paiement.
Seule l’économie allemande échappe encore au mouvement, ce qui ne signifie pas qu’elle en soit prémunie en seconde moitié d’année 2008 : l’assombrissement de la situation de tous ses partenaires commerciaux devrait rapidement tarir l’excédent extérieur seul moteur de la croissance allemande. En plus de la crise financière et du ralentissement global, la troisième épreuve que la mondialisation affronte, c’est le choc pétrolier qui s’est déclenché depuis 2005 et dont on commence à peine à prendre la juste mesure. Les gains de richesse et de croissance de la mondialisation, jusque là portée par la mise en concurrence des productions et donc la déflation qu’elle engendrait, sont sans doute à l’origine même du choc pétrolier actuel…qui relance justement l’inflation mondiale.
L’année 2008 nous dira si, ainsi soumise à triple épreuve, la globalisation constitue l’amortisseur bénéfique ou au contraire l’amplificateur incontrôlé des grands chocs économiques.
Karine Berger
Source: Le bulletin économique - Défaillances. Juin 2008

