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Stopper la crise à quel prix?

L’instabilité qui s’empare des places financières modifie rapidement l’évolution de l’économie mondiale, et fait basculer d’un scénario de retournement conjoncturel dans un scénario “noir” de crise du fonctionnement des marchés de l’OCDE. Les places boursières ont cédé en un mois presque 30 %. La glissade ne serait pas problématique si elle ne recouvrait pas des mouvements de yoyos dont les ampleurs n’en finissent plus d’être “historiques”...que ce soit à la hausse ou à la baisse. Ce n’est plus la volatilité (variance des cours) des marchés qui augmente...c’est la volatilité de la volatilité ! Je peux traduire de façon plus prosaïque ce calcul mathématique complexe : les marchés ne sont plus en mesure de définir un prix pour de très nombreux actifs. C’est d’ailleurs un point controversé du plan “Paulson” adopté difficilement par les chambres américaines et qui vise à racheter pour un montant de 700 milliards de dollars les créances douteuses du système bancaire, tout comme d’ailleurs des différents plans européens annoncés le 12 octobre : le prix auquel seront rachetées lesdites créances douteuses n’existe pour le moment pas. Ce n’est pas tant la liquidité qui manque au marché (car les quantités “d’argent frais” injecté chaque jour par les banques centrales sont immenses) que le fait que des actifs par milliards soient devenus “illiquides”. Or être “illiquide”, c’est justement ne plus avoir de prix...ce qui en économie constitue un sérieux problème. Il est bien sûr impossible pour un gouvernement ou un président de banque centrale d’avouer qu’il n’y comprend plus grand-chose ; mais comment interpréter autrement les révisions successives des évaluations du FMI sur le coût de la crise financière, passant de 1 000 milliards, à 1 300 milliards puis maintenant à 1 400 milliards ?

Pour autant, comment la volatilité de la volatilité des actifs financiers pourrait concerner aussi l’économie réelle, du conglomérat international à l’entreprise artisanale ? Parce que pour émettre du crédit dans une économie, c’est-à-dire pour allouer de l’argent à une entreprise, le système bancaire doit créer de la monnaie. Cette création de monnaie est obligatoirement proportionnelle à un “matelas” de monnaie issue de la banque centrale, et qui est échangé entre les banques sur le marché interbancaire. Comme aucun intervenant n’est plus tout à fait certain d’être remboursé un jour par les autres intervenants – la mesure du risque est presque impossible –, le marché interbancaire est bloqué et par conséquent le système financier doit limiter ses émissions de crédit dans l’économie ou en augmenter de manière conséquente son coût.

Les conséquences de ce passage à l’économie réelle vont être dures : au-delà des reports de projets d’investissement, les difficultés de trésorerie vont se multiplier, ce qui entraînera de nombreuses faillites. Cette publication montre que désormais tous les secteurs de l’économie mondiale entrent en ralentissement, à la fois par le biais de la crise économique et par celui de la crise financière. Comment bloquer la spirale ? Si une réponse coordonnée des banques centrales n’a pas été concluante, et s’il est certain que les mesures prises par les gouvernements de l’OCDE (Etats-Unis d’un côté et pays européens de l’autre) seront utiles, c’est aussi désormais la responsabilité de chaque acteur individuel qui est la clé du problème…

Karine Berger

Source: Bulletin économique - Secteurs internationaux - Hiver 2008


La crise: acte II ?

L’économie mondiale a entamé 2008 dans la tourmente financière. La crise des subprimes, conséquence de l’explosion de la bulle immobilière aux Etats-Unis et des mécanismes de la titrisation, s’est propagée au coeur des marchés financiers. Au fur et à mesure des annonces de dépréciation d’actifs bancaires de plusieurs centaines de milliards de dollars, pertes créant potentiellement un risque systémique, la tension sur les marchés financiers n’a cessé de croître : les replis boursiers et l’accroissement des volatilités ne sont que le “négatif” du manque brutal de liquidité. La volatilité a atteint un sommet autour de la mi-mars, ce qui amène à penser que le plus gros de la crise strictement financière pourrait être passé ; en tout cas son acte I.

Dans ce contexte, les résultats des économies réelles au 1er trimestre ont pu surprendre : avec 0,2% de croissance de l’activité aux Etats-Unis, 0,6% en France et surtout 1,5% en Allemagne, tous les pays ont enregistré des évolutions plus fortes que prévues... et l’activité des pays de l’OCDE a, contre toute attente, accéléré au tournant de l’hiver.

Mais dans le même temps, les anticipations de ceux qui font l’économie, producteurs et consommateurs, se sont repliées de part et d’autre de l’Atlantique : les entreprises savent qu’elles sont sur le point d’entrer dans des phases conjoncturelles nettement plus difficiles, confrontées à la fois à des conditions de financement de plus en plus dures et à un ralentissement de leur demande. Car ce sont désormais des contre chocs sur l’ensemble des marchés de crédit aux entreprises et aux ménages qui sont anticipés: la diffusion de la crise à l’économie réelle via la restriction des mécanismes de crédits ne fait que s’amorcer au printemps 2008. Pourquoi ? Parce que pour compenser leurs coûts de refinancement, les banques pourraient soit augmenter le taux appliqué aux corporate, soit diminuer les montants prêtés… soit les deux. Quand un "crédit crunch" démarre sur un marché particulier – en l’occurrence la construction – l’histoire économique nous apprend qu’il frappe de manière souvent aveugle les autres marchés.

Logiquement, du fait des surévaluations passées, les secteurs de la construction aux Etats-Unis, en Espagne, dans une moindre mesure au Royaume-Uni, ont été les premiers emportés. Ce qui est moins logique, c’est que les conditions de crédit aux autres secteurs productifs se sont également un peu durcies au cours du 1er trimestre : l’enquête d’avril sur la distribution de crédit de la Banque de France relève que les banques prévoient à la fois de poursuivre le relèvement de leur marge, mais également de réduire les montants et les durées, que ce soit à l’égard des grandes entreprises ou à l’égard des petites entreprises. Quant aux restrictions de crédits pour la consommation, si elles sont particulièrement sensibles aux Etats-Unis, l’Europe semble encore peu touchée ; pour autant les ménages anticipent : la consommation a – elle – ralenti au 1er trimestre dans la zone euro. Tout est en place pour le deuxième acte de la crise financière de 2008.


Karine Berger

Source: Bulletin économique - Secteurs internationaux - mai 2008


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