La recherche économique Euler Hermes
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Edito
La petite madeleine des années 70
“Choc pétrolier” : cela faisait si longtemps que cela n’était pas arrivé que même l’expression semble légèrement désuète, à tout le moins”rétro”. Le partage mondial des richesses, les politiques monétaires démunies, la chasse au gaspi... toutes les sensations remontent d’un coup, trente ans après, effet magique d’une petite madeleine parfumée au pétrole et aux années soixante dix.
Tout d’abord, nous avions oublié qu’un choc pétrolier est avant tout une redistribution violente des richesses dans le monde, de ceux qui en consomment vers ceux qui en produisent. Un ordre de grandeur : le passage de 73 $ le baril l’an passé à un peu plus de 120 $ en moyenne cette année correspond à un transfert brutal de 620Mds $ des quinze principaux pays importateurs net vers les principaux pays exportateurs. Ce chiffrage, calibré sur la seule année 2008, doit être doublé pour prendre en compte le choc larvé qui s’est étalé depuis 2003. Au total, c’est environ 2,4% du PIB mondial qui, depuis 2003, ont changé de main par le seul jeu de l’appréciation du baril ; pour mémoire, on estime que les chocs de 1973 à 1980 correspondaient à 1,9% du PIB mondial. Nous avions oublié que le séisme initial donne toujours naissance à de multiples répliques macro-économiques internationales.
Premièrement, l’équilibre général des balances courantes est évidemment remis en question. Mais ce ne sont pas nécessairement les pays de l’OCDE qui endureront les effets les plus néfastes : le transfert de richesses se produit également entre pays en développement, encore plus aujourd’hui qu’il y a trente ans. Parmi les dix premiers importateurs nets mondiaux, se trouvent la Chine, l’Inde et Taïwan. La Chine, troisième importateur net mondial, voit ainsi son célèbre excédent extérieur entamé de 60Mds$ (soit 1,4% de son PIB). Logiquement, la question du peg avec le dollar des monnaies de certains pays producteurs, comme par exemple Abu Dhabi, est également remise en question.
Deuxièmement, l’inflation est relancée. Même si le choc n’a pas tout à fait la même ampleur de part et d’autre de l’Atlantique, la zone euro étant en partie protégée par le niveau élevé de l’euro, toujours est-il que les effets sur les prix à la consommation sont voisins : 4% en zone euro et 5% aux Etats-Unis. A choc relativement similaire, conséquences identiques : aux Etats-Unis comme en zone euro, la consommation des ménages patine sur un rythme le plus bas enregistré depuis dix ans. Cette insuffisance brutale de la demande interne, c’est ce qui ramène la croissance autour de zéro aux Etats-Unis, en France ou en Italie, en deuxième moitié d’année 2008.
Troisièmement, une lourde incertitude entoure l’équilibre de profitabilité des entreprises : les chocs d’offre des années soixante-dix avaient ouvert plusieurs années de restructuration de la production, notamment industrielle, dans le monde. Pour autant, ce second chapitre du choc de 2008, choc d’offre celui-là, n’est pas encore écrit. Face à toutes ces conséquences plus ou moins avérées, se repose la question de l’indépendance énergétique : trente ans après la “chasse au gaspi”, la situation de dépendance vis-à-vis du pétrole est extrêmement diverse, notamment du fait du choix fait ou non par les économies de recourir au nucléaire. Ainsi, si la France est assurée d’une indépendance énergétique de 50%, elle n’est que de 18% pour l’Italie ou de moins de 40% pour l’Allemagne : ces grands écarts pourraient bien déterminer une grande partie du devenir conjoncturel de chacune de ces économies.
Karine Berger
Source : Bulletin économique - Conjoncture internationalec Euler Hermes, été 2008

