Le bulletin économique
Editos
2008, l’année de tous les dangers
En cette fin d’été 2008, les tornades s’abattent sur les bourses mondiales, comme les ouragans sur les côtes américaines. Après le sauvetage par le Trésor américain de FannyMae et FreddieMac, après surtout la mise sous Chapter 11 de la banque d’investissement fondée il y a 160 ans Lehman brothers, toutes les informations qui semblaient avoir un peu tempéré les inquiétudes pendant l’été sont oubliées, et 2008 est bien l’année financière et économique de tous les dangers. Certes, les cours des matières premières, et notamment du pétrole, ont commencé à se détendre, mais, pour le moment, ils continuent de fluctuer autour de niveaux qui n’avaient jamais été atteints avant 2008. Certes, la situation américaine est apparue sous un jour plus favorable, avec une croissance de 1% au 2e trimestre de cette année, mais cette embellie s’explique en très grande partie par les gains de compétitivité coût à l’exportation liés à la glissade du dollar vis-à-vis de toutes les autres monnaies. Sur l’année 2008, plus des trois quarts de la croissance américaine s’expliquent par la contribution des échanges extérieurs, performance qu’il sera impossible à la première économie du monde de réitérer l’an prochain.
Dans le même temps, les spreads appliqués sur les crédits aux entreprises (c’est-à-dire le coût supplémentaire que les grandes entreprises doivent payer par rapport à des obligations d’Etat pour être financé sur les marchés) n’ont cessé de s’accroître, témoignant de véritables blocages de financement de l’investissement, y compris pour de très grandes entreprises mondiales. Et début septembre, les faillites d’établissements financiers aux Etats-Unis ou de grands intervenants mondiaux de l’industrie ou des services (faillite probable d’Alitalia) démontrent que le pire est plutôt devant nous. Les perspectives pour la zone euro sont désormais une plus forte source d’inquiétude suite aux résultats du 2e trimestre, période pendant laquelle la demande intérieure de la zone s’est contractée. Les économies européennes se sont donc mises au diapason de la crise américaine dès le printemps et les premiers éléments disponibles de la période estivale portent à croire que la situation n’est pas en voie de se rétablir. La crise économique va continuer de se diffuser de part et d’autre de l’Atlantique dans le courant de l’automne 2008, crise du bâtiment d’abord, crise financière également sur les marchés de crédit qui n’a sans doute pas encore fait toute ses victimes, enfin crise de la consommation durablement traumatisée par les emballées de prix d’il y a quelques semaines.
Dans ce contexte les réponses envisagées de politiques économiques au sein de l’OCDE délivrent une leçon à méditer : c’est à l’automne que la plupart des gouvernements bouclent leurs budget pour l’année d’après, et partout où ils le peuvent, c’est-à-dire là où les marges de manœuvre budgétaires dégagées par une gestion responsable au cours des années précédentes le permettent, les gouvernements ont choisi de faire des politiques de relance. Il est acté que les Etats-Unis, l’Espagne, le Royaume-Uni, et sans doute l’Allemagne, sont prêts à mettre pas mal d’argent dans la machine économique pour éviter la récession. Le point commun de ces quatre pays ? Ils sont tous revenus à l’équilibre budgétaire au cours des quatre dernières années.
En revanche, la situation de la France et de l’Italie est bloquée : engluées dans une dette qui a continué à gonfler même pendant les années de croissance économique depuis 2003, ces deux pays sont pieds et poings liés face au retournement de conjoncture et à la tornade financière.
Karine Berger
Source: Le Bulletin Economique Euler Hermes, conjoncture internationale, Automne 2008
La petite madeleine des années 70
“Choc pétrolier” : cela faisait si longtemps que cela n’était pas arrivé que même l’expression semble légèrement désuète, à tout le moins”rétro”. Le partage mondial des richesses, les politiques monétaires démunies, la chasse au gaspi... toutes les sensations remontent d’un coup, trente ans après, effet magique d’une petite madeleine parfumée au pétrole et aux années soixante dix.
Tout d’abord, nous avions oublié qu’un choc pétrolier est avant tout une redistribution violente des richesses dans le monde, de ceux qui en consomment vers ceux qui en produisent. Un ordre de grandeur : le passage de 73 $ le baril l’an passé à un peu plus de 120 $ en moyenne cette année correspond à un transfert brutal de 620Mds $ des quinze principaux pays importateurs net vers les principaux pays exportateurs. Ce chiffrage, calibré sur la seule année 2008, doit être doublé pour prendre en compte le choc larvé qui s’est étalé depuis 2003. Au total, c’est environ 2,4% du PIB mondial qui, depuis 2003, ont changé de main par le seul jeu de l’appréciation du baril ; pour mémoire, on estime que les chocs de 1973 à 1980 correspondaient à 1,9% du PIB mondial. Nous avions oublié que le séisme initial donne toujours naissance à de multiples répliques macro-économiques internationales.
Premièrement, l’équilibre général des balances courantes est évidemment remis en question. Mais ce ne sont pas nécessairement les pays de l’OCDE qui endureront les effets les plus néfastes : le transfert de richesses se produit également entre pays en développement, encore plus aujourd’hui qu’il y a trente ans. Parmi les dix premiers importateurs nets mondiaux, se trouvent la Chine, l’Inde et Taïwan. La Chine, troisième importateur net mondial, voit ainsi son célèbre excédent extérieur entamé de 60Mds$ (soit 1,4% de son PIB). Logiquement, la question du peg avec le dollar des monnaies de certains pays producteurs, comme par exemple Abu Dhabi, est également remise en question.
Deuxièmement, l’inflation est relancée. Même si le choc n’a pas tout à fait la même ampleur de part et d’autre de l’Atlantique, la zone euro étant en partie protégée par le niveau élevé de l’euro, toujours est-il que les effets sur les prix à la consommation sont voisins : 4% en zone euro et 5% aux Etats-Unis. A choc relativement similaire, conséquences identiques : aux Etats-Unis comme en zone euro, la consommation des ménages patine sur un rythme le plus bas enregistré depuis dix ans. Cette insuffisance brutale de la demande interne, c’est ce qui ramène la croissance autour de zéro aux Etats-Unis, en France ou en Italie, en deuxième moitié d’année 2008.
Troisièmement, une lourde incertitude entoure l’équilibre de profitabilité des entreprises : les chocs d’offre des années soixante-dix avaient ouvert plusieurs années de restructuration de la production, notamment industrielle, dans le monde. Pour autant, ce second chapitre du choc de 2008, choc d’offre celui-là, n’est pas encore écrit. Face à toutes ces conséquences plus ou moins avérées, se repose la question de l’indépendance énergétique : trente ans après la “chasse au gaspi”, la situation de dépendance vis-à-vis du pétrole est extrêmement diverse, notamment du fait du choix fait ou non par les économies de recourir au nucléaire. Ainsi, si la France est assurée d’une indépendance énergétique de 50%, elle n’est que de 18% pour l’Italie ou de moins de 40% pour l’Allemagne : ces grands écarts pourraient bien déterminer une grande partie du devenir conjoncturel de chacune de ces économies.
Karine Berger
Source : Le Bulletin Economique Euler Hermes, conjoncture internationale Euler Hermes, été 2008

